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La nuit tombe.Le quartier est essoufflé. Il exhale ses dernières odeurs d’ampoules brûlées, de cigarettes éteintes, de cafés amers. La bruine baigne les rues. Au loin, les phares des voitures créent des faisceaux dans la brume. Les marcheurs ne distinguent même pas leurs pieds. Les lumières floues des bureaux s’évanouissent dans la noirceur envahissante.
La ville retient son souffle, silencieuse, puis étouffe. L’air manque.
Les lumières changent au vert, elle inspire enfin.
Les voitures filent. Les camions fument. Le vent s’engouffre dans les ruelles, balaie les boulevards, secoue les chapeaux. Les pas reprennent tels des tambours. Ils se joignent à la fanfare des roues sur l’asphalte mouillé. Le tonnerre gronde. Arrive l’odeur des restaurants miteux qui se remplissent, des bières vides qui éclatent sur le béton, et l’odeur du sang qui se colore en noir.
La ville rage, se démène, bouillonne.
Ce soir-là, une silhouette a traversé la brume, incapable de s’y fondre, incapable d’y respirer.
Et n’y est jamais parvenue.
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