Pour ma maman qui sera sur la côte d’Azur dans quelques heures.
Je t’aime fort.
Nouvelle écrite en composition d’écriture sommative l’an dernier.
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Les ombres s’étiraient sur l’allée de platanes, créant de larges bandes de lumières. Le soleil se mirait sur le ruisseau avant de se perdre dans les rangées de vignes. La campagne provençale fleurissait. L’après-midi tirait à sa fin et, comme chaque jour, Erwan s’asseyait sur le parquet écaillé du perron et regardait passer la jeune fille q’il aimait. Il voyait cette fleur délicate traverser le petit pont de bois et parfois lui accorder un bref sourire. Il le lui rendait alors timidement. Ils avaient treize ans et la vie devant eux.
Vint une soirée où le mistral couvrit de ses nuages les chauds rayons d’automne. La balançoire devant la maison cognait contre la porte. Erwan alla dehors et attendit patiemment les quelques instants où il pourrait voir Blanche. Le temps fila, s’effilochant avec le vent. Le jeune homme, voyant la lune se dessiner dans le ciel sombre, comprit qu’elle ne viendrait pas. Sa fleur était déjà ensevelie sous la neige, sans qu’il ne s’en soit aperçu.
L’hiver passa, laissant Erwan seul, assis sur la balançoire que par habitude, n’espérant même plus la voir. Les cigales se remirent cependant à striduler. Le printemps s’annonçait. Il ne la vit pas tout de suite, il n’entendit qu’un murmure, ne sentit qu’un léger arôme floral. Après quelques secondes, il se retourna. Blanche était accompagnée de sa mère, qui semblait devoir la soulever pour ne pas qu’elle trébuche ou s’effondre. Elle lui parlait à l’oreille. Il vit que Blanche pleurait. Sa fleur s’était fanée, trempée de larmes. La mère jeta à Erwan un regard dur, honteux et protecteur à la fois. Le jeune homme détourna la tête, désemparé, il sanglotait à son tour. Les cigales s’étaient tues.
Blanche et sa mère passèrent encore. Erwan ne jetait que de rares coups d’œil par la fenêtre. Accablé, incompris, il fermait son cœur, la tristesse l’aveuglait. Le dimanche suivant était jour de marché au village. Il se laissa traîner à travers les rues étroites, s’éloignant des étals encombrés. Au détour d’une ruelle, Erwan trouva Blanche assise sur un banc, sa robe flottant sans qu’elle ne semble s’en soucier. Erwan fut déstabilisé. Elle était magnifique, baignant dans le soleil radieux. Une de ses mains, comme un pétale naissant, était déposée négligemment à son côté. Le jeune homme alla poser sa main sur la sienne, délicatement. Elle tressaillit. Il l’aimait encore, il l’avait sur dès l’instant où il l’avait aperçu sur ce banc. Soudain, Blanche s’écarta, le regard vide, esquissant un sourire qu’il ne reconnut pas. Elle le fuyait. Elle disparut dans la foule, comme si elle ne le connaissait point. Erwan n’y tenant plus, prit la place vide sur le banc. Il prit son visage dans ses mains, il souffrait, perdu. Le soleil se coucha.
Une rosée tapissait le sol. Blanche monta l’escalier tranquillement, une marche à la fois. Elle tâta doucement la porte puis sonna. Erwan finit par la rejoindre sur le petit pont. Elle mit sa main sur la sienne. N’en pouvant plus le jeune homme murmura :
- Je t’ai tant vu marcher ici, j’ai attendu si longtemps.
- Erwan, souffla-t-elle seulement.
- Pourquoi ? soupira-t-il.
Blanche se retourna, les yeux mouillés, vides.
- Je ne te verrai jamais…
Elle lui raconta enfin la maladie, la souffrance, la perte. Erwan comprit. Il la prit dans ses bras. Sa fleur avait éclose, après avoir traversé l’hiver et il la cueillerait sans qu’elle ne lui retourne jamais un regard.
- Je t’aime.
Le premier rayon de soleil se mira sur le ruisseau. La campagne provençale fleurissait.